Bennacer Ben Chohra

 

Sujet proposé par Hadj Aissa

 

 

 

Bennacer BEN CHOHRA

Membre de la tribu des Ma'amra et el Hadjadj, rattachée elle-même à la tribu des Arb'ae, Bennacer ben Chohra ben Ferhat naquit en 1804.

Il débuta son combat en 1851et fut arrêté à Mascara près de Boghar qu'il quitta en cachette le 05 septembre 1851. Il rejoignit le chérif Mohamed Ben Abdallah à Rouisset (Ouargla) et agit en coordination avec lui. Il s'acharna à défendre la ville de Laghouat et ses ksours ainsi que Ouargla.
Il se réfugia à Tozeur et Nafta dans le Djerid tunisien et en Tunisie, noua des contacts avec les réfugiés algériens. A partir de là, il lança des attaques contre les agents français.
Lorsque la résistance des Ouled Sidi Cheikh fut déclenchée en 1846, Bennacer Ben Chohra retourna clandestinement en Algérie, entra à Ouargla, prit contact avec Si Laâla le 6 août à Takine et participa avec lui à de nombreuses batailles.
En 1865, il retourna à Ouargla en compagnie de Si Laâla, se rendit à al Méni'â et Ain Salah en vue de mobiliser les gens et étendit son action jusqu'à Aïn Madhi.
Tout en menant son combat en Algérie, il n'interrompit pas ses contacts avec la Tunisie où il continuait à se rendre pour recruter des partisans, fomenter des plans et assurer la fourniture d'armes et de provisions.
Il participa à la résistance d'El Mokrani et El Haddad en 1871, agissant sur le front du Sahara oriental.
Après l'arrestation le 20 janvier 1872 de Ali Boumezrag, chef des partisans d'El Mokrani, près de Rouissett, Bennacer Ben Chohra poursuivit son activité à partir du Djerid et Nefzaoua jusqu'à ce que le Bey de Tunis l'oblige à quitter le territoire tunisien. Il se rendit à Beyrouth où il mourut en 1884.

 


LA RESISTANCE DE LAGHOUAT

1- Les conditions de déclenchement de la résistance de la ville de Laghouat

L'administration coloniale avait œuvré à semer la mésentente et la discorde parmi les dirigeants et chefs de tribus ainsi que les cheikhs de zaouïas, ce qui déboucha sur la déstabilisation de la région et l'émergence de troubles très graves au moment où s'était déclenchée la résistance des Zaatchas.

Toutes ces données avaient convaincu la France de la nécessité de lancer une expédition sur Laghouat à partir de Médéa, et cette mission fut officiellement confiée au Général L'ADMIRAULT en Mai 1851.

Le 3 juin 1851, la colonne française entrait à Djelfa et invitait les chefs de tribu parmi lesquels le khalifa de Laghouat, l'Agha Si Chérif Bellahrèche. Le commandant envisageait de nommer Bennaceur Ben Chohra, khalifa à Laghouat à la place de Ahmed Bensalem mais Bennaceur continuait à considérer que les Français n'étaient que des conquérants avides et refusa de se mettre à leur service préférant rallier Mohamed Ben Abdallah, l'un des flambeaux de la résistance contre l'occupation dans le sud algérien.

2- La chute de la ville

De retour à Laghouat, Bennaceur Ben Chohra entra au ksar de la ville. De son côté, le gouverneur général RANDON ordonna au Général L'ADMIRAULT de marcher sur Laghouat à la tête d'une colonne de plus de 1500 soldats. Celui-ci parvint jusqu'aux remparts de la ville le 4 mars puis avança jusqu'à Ksar Hirane sans heurts. Il y installa un bataillon de son armée ainsi qu'une troupe de spahis et retourna ensuite vers Laghouat.

Malgré cela, l'administration coloniale continuant à craindre la réaction des Algériens, jugea nécessaire de faire venir des unités supplémentaires de l'armée basées à Tiaret sous le commandement du Général DELIGNY.

De son côté, Mohammed Ben Abdallah marcha sur les environs de la ville de Laghouat afin de sensibiliser les tribus qui hésitaient encore à se rallier à lui. Mais très rapidement, il dut se replier sur Tajrouna, près de Oued Zargoun après avoir eu connaissance des mouvements du Général L'ADMIRAULT.

Il fit en sorte de mobiliser davantage d'hommes parmi les tribus et rejoignit l'armée de Bennaceur Ben Chohra composée d'éléments de la tribu des Ouled Sidi Atallah, Saïd Otba, El Mekhadma de Ouargla, les Chaamba de Metlili, les Ouled Ameur de Timacin , Ouled Djellab et les gens du Mizab. Ce rassemblement a fait naître des craintes chez les Français et l'officier "Collineau" fut chargé de regrouper les bataillons de l'armée en prévision de l'affrontement.

Entre temps, le chérif Mohamed Ben Abdallah n'avait pas cessé de se rendre à Laghouat afin de sensibiliser les populations. Ayant appris cela, le Général "Yussuf" tenta sans succès de soudoyer par divers moyens les habitants de Laghouat en échange de la vie du chérif. Le gouverneur général décida alors d'intervenir militairement pour frapper Laghouat et la soumettre. A cet effet, il mobilisa cinq colonnes sous le commandement du général Pellissier.

Tous ces préparatifs laissaient présager le début de la guerre et les combats débutèrent effectivement le 03 décembre au matin sur divers fronts, dans le but de faire tomber Laghouat. L'assaut se poursuivit le jour suivant et les troupes françaises parvinrent à pénétrer dans les positions renforcées, prenant la mosquée comme quartier opérationnel. Le Général Buscarin trouva la mort au cours de l'affrontement et fut remplacé par le colonel "Cler" en coordination avec le Général Yussuf pour prendre d'assaut la ville où des combats violents furent engagés dans les rues et même les maisons et coûtèrent à l'armée française des pertes considérables. Les combattants firent preuve de courage et de tenacité dans leur résistance tandis que l'artillerie avait concentré ses tirs sur les remparts de la ville afin de permettre à un plus grand nombre de soldats d'entrer dans la ville et d'en occuper les hauteurs. L'affrontement se poursuivit longtemps pour s'achever par la prise de Laghouat. Des massacres horribles et des exactions furent commis sur les habitants, sur les crânes desquels Pélissier fêta sa victoire. Des tapis somptueux furent étalés au centre de la ville où il prit son déjeuner avec ses officiers et procéda à la nomination du colonel "Cler", commandant suprême de la ville de Laghouat. Les rescapés parmi les habitants de la ville réussirent à fuir avec à leur tête le chérif Mohamed Ben Abdallah, Bennaceur ben Chohra , Yahia ben Maamar et Et Telli ben Lakehal après avoir réalisé que l'affrontement ne pouvait avoir lieu, en raison d'une part du déséquilibre du rapport de forces militaires, et d'autre part du nombre de victimes qui avait dépassé 2500 martyrs, sans compter le nombre de blessés qui ne purent échapper aux poursuites des soldats français en vue de les achever.

Cette situation dura plus d'une semaine, l'objectif étant la liquidation des poches de résistance dans les différentes zones. Du côté français, outre un nombre important de blessés, on dénombra environ 60 tués avec à leur tête le Général "Buscarin" qui fut enterré là-bas ainsi que le chef de bataillon Morin.

3- Les conséquences de la résistance

La prise de Laghouat fut considérée comme une victoire pour la France qui y vit un pas important dans l'expansion vers le Sahara algérien et sa soumission, outre le fait qu'elle visait :

- La soumission des Béni Mzab en les contraignant à passer obligatoirement par Laghouat.

- Le contrôle des approvisionnements dans les dépôts de Laghouat et l'imposition de taxes aux populations du Sahara.

- Transformer Laghouat en centre d'administration et de contrôle des affaires commerciales vers les confins du Sahara.

- Faire de Laghouat un point de départ pour l'expansion française dans le Sahara algérien.

Cependant, la résistance dirigée de Bennaceur Ben Chohra et Mohamed Ben Abdallah s'est poursuivie au même rythme; ce qui entrava l'expansion française au Sahara, notamment après que cette résistance déboucha sur celle des Ouled Sidi Cheikh et l'émergence de Mohammed Bentoumi, dit Chérif Bouchoucha.

 



Données extraites du CDROM Histoire d'Algérie edité par le ministère des Moudjahidines

 

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Commentaires (8)

8. hadj Le 07/07/2008 à 17:22


Je vous fait partager un témoignage d'un certain colonel Pein , qui était de l'expédition sur la ville de Laghouat en 1852.Horrible , horrible , c'est tout ce que l'on peut dire de la "mission civilisatrice" de la France coloniale:
"Officier d’Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Algérie (de 1840 à 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite à composer un petit ouvrage sur l’Afrique. A la différence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu’il eut à opérer.
Voici comment il décrit la prise de Laghouat, à laquelle il assista (2 décembre 1852.) :
« Le carnage fut affreux ; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d’après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tués ; mais le chiffre de blessés fut insignifiant, cela se conçoit. Les soldats, furieux d’être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient dans l’intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s’y trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l’ombre, ils ne s’attardaient pas à établir de distinction d’âge ni de sexe : ils frappaient partout et sans crier gare ! » ( Pein, Lettres familières sur l’Algérie, 2e édit, p. 393)
C’est tellement l’habitude de massacrer femmes et enfants qu’une fois que le colonel Pein ne put le faire, il éprouva le besoin de s’en excuser dans une lettre :
« Les Ouled Saad avaient abandonné femmes et enfants dans les buissons, j’aurais pu en faire un massacre, mais nous n’étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte : il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. »
(Pein. Lettres familières sur l’Algérie, 2e édit., p. 26.)
Ainsi, si les femmes et les enfants des Ouled Saad n’ont pas été « massacrés », c’est uniquement pour raison stratégique ! Si on avait été plus nombreux, toutes et tous y auraient passé, on se serait « amusé aux bagatelles de la porte ! »

Source: rebellyon.info

7. hadj Le 05/07/2008 à 19:47

J'ai pu retrouver l'extrait du livre d'Eugène Fromentin "un été au sahara", je vous le livre sans commentaires :

juillet 1845, Dahra, le long du littoral à l'ouest d'Alger, vers Ténès. Le général Bugeaud préconise d'agir sans ménagement avec les fuyards, hommes, femmes, enfants et troupeaux, qui se réfugient dans les cavernes : « Enfumez-les comme des renards ! » Le colonel Pélissier (à ne pas confondre avec Pélissier de Reynaud, cité précédemment) s'exécute. « "À bout de patience", face au "fanatisme sauvage de ces malheureux" qui exigent, pour sortir, que l'armée française s'éloigne, il fait mettre le feu à l'entrée des cavernes. Le matin, tout est consommé. Cinq cents victimes, dit le rapport officiel. Aux environs de mille, témoignera un officier espagnol présent », qui donnera une description détaillée du drame : « Rien ne pourrait donner idée de l'horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu'ils avaient dû éprouver avant d'expirer. Le sang leur sortait par la bouche [9] . » Une partie de la population de la grotte est morte piétinée par les animaux affolés. Telle est l'ouvre qui distinguera Pélissier, lequel dira : « La peau d'un de mes tambours avait plus de prix que la peau de tous ces misérables [10] . »

Pour Saint-Arnaud, l'essentiel est que « le colonel Pélissier et moi, nous étions chargés de soumettre le Dahra, et le Dahra est soumis ». D'ailleurs, il raconte lui-même sa propre « enfumade » des Sbéahs : « Alors je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. [.] Personne que moi ne sait qu'il y a là-dessous cinq cents brigands qui n'égorgeront plus les Français. » Un mois plus tard : « Je n'ai pas encore tout à fait fini avec les Sbéahs, mais cela avance. À la fin de l'expédition, j'aurai tué ou pris plus de deux mille Sbéahs. La tribu entière compte de dix à douze mille âmes. Et peut-être ne seront-ils pas corrigés [11] ? »

En 1849, c'est la prise de l'oasis de Zaâtcha ; l'assaut se termine par un massacre général, qui donne lieu à des « scènes déplorables » : « Les zouaves, dans l'enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses victimes qui n'avaient pu fuir. Ici, un soldat amputait, en plaisantant, le sein d'une pauvre femme, qui demandait comme une grâce d'être achevée et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre la muraille ; ailleurs, c'était d'autres scènes qu'un être dégradé peut seul comprendre et qu'une bouche honnête ne peut raconter », relate un témoin, Baudricour, tandis que le colonel Dumontel, parlant du même événement, ne fait pas dans la dentelle : « L'élan de nos soldats a été admirable. [.] Le sévère châtiment infligé à cette oasis a produit un salutaire effet [12] . »

Quelques années plus tard, prise de Laghouat, racontée par Eugène Fromentin, « jeune peintre et tendre écrivain », dans Un été dans le Sahara : « Sur les deux mille et quelque cent cadavres que l'on releva les jours suivants, plus des deux tiers furent trouvés en ville. On marchait sur du sang ; les cadavres empêchaient de passer. On dit que pendant longtemps la ville sentit la mort ; et je ne suis pas sûr que l'odeur ait entièrement disparu. Quand on eut enfoui tous les morts, il ne resta plus personne dans la ville, exceptés les douze cents hommes de garnison. Les survivants avaient pris la fuite. Les chiens eux-mêmes, épouvantés, privés de leur maître, émigrèrent en masse et ne sont pas revenus [13] . »

À l'issue de ces années d'horreur, l'Algérie a perdu le quart de sa population : de 1830 à 1849, sur une population estimée à 3 millions d'habitants à l'arrivée des Français, la conquête fait 700 000 morts. Au cours du siècle qui suit, jalonné de révoltes brutalement réprimées, la mémoire de cette guerre génocidaire restera inscrite dans les esprits de plusieurs générations.

6. hadj Le 05/07/2008 à 18:59


Eugène Fromentin , le peintre et l'écrivain français fort connu raconte dans "un été au sahara" qui était venu à Laghouat très peu de temps après la prise de la ville raconte qu'il sentait à plusieurs kilomètres avant d'arriver à Laghouat l'odeur des cadavres des résistants qui n'ont pas été enterrés.
Celui qui posséderait le livre pourrait transmettre au site les pages qui relatent ces faits.Merci

5. hadj Le 30/06/2008 à 18:39


Je me suis trompé en écrivant quelque part qu'il a lutté contre la France pendant 15 ans , non c'est une erreur de ma part , il a combattu de 1851 à 1884 c'est à dire durant 33 ans . Personne ne l'a fait ni avant lui ni après .Il a été de toutes les luttes contre l'occupant , on l'a vu passer du sud au centre , à l'est et à l'ouest du pays , là où il entendait parler de jihad.Il n'a jamais abdiqué jusqu'à se retrouver tout seul et là il a dû se réfugier en Tunisie d'où il fut expulsé vers le Machreq où il mourut sans revoir le pays pour lequel il a combattu et sans qu'il ait la chance de voir son corps rapatrié comme ils ont fait pour l'Emir Abdelkader et bien d'autres nationalistes Algériens.

4. lo Le 30/06/2008 à 16:55

oui,,benacer benchohra est la,ma rubrique s'etoffe ,grace a votre suggestion. ce serait vraiment bien ,une association,je ne sais pas ou en est l'agreement espere par celle souhaitee par fouad m,et hadj tahar lamri?c'est vra que le soutien de gens hauts places peut permettre beaucoup,mais on n'a pas obligatoirement besoin de cela pour realiser des choses simples pour ne pas dire humbles,quelques bonnes volontes suffisent!en Europe,les etats tiennent beaucoup compte des associations benevoles :tant qu'elles se presentent avec des lignes bien definies et une forte conviction !quoi comme meilleure et plus forte conviction que celle du coeur,pour sa ville ,son pays !!!

3. Hadj Le 30/06/2008 à 15:21

oui , c'est une très bonne idée que celle de l'association ou peut être à
une fondation "Benacer benchohr"'à l'instar de la fondation "EMIR ABDELKADE" mais la différence c'est que cette dernière a trouvé des hauts placés du régime pour la lancer et la financer ( ministres , anciens ministres, etc...) .Mais il faut essayer de sensibiliser les autorités locales et cela ne peut venir que des jeunes parce que les "autres" , il ne faut pas trop y compter : la culture et l'histoire , c'est le cadet de leurs soucis , ils ne pensent qu'au "business"

2. lo Le 30/06/2008 à 12:08

je suis vraiment contente de l'avoir fait!merci de votre aide!!!dommage que laghouat n' honnore pas les noms de ses enfants,on peut appeler ca de l'inconscience!!!si seulement l'association dont on parlait voyait le jour,il y a tant a faire!tous ensemble!

1. hadj Le 30/06/2008 à 07:52

Merci Madame pour avoir rendu hommage à ce grand nom de la résistance nationale qui a été superbement ignoré et on n'a même pas daigné donner son nom à l'aéroport de Laghouat qui se trouve à quelques kms seulement de l'endroit où est né notre héros. Comment peut-on appeler ça?
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 03/07/2008
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